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Dolce Vita Franco-italienne

Si je dis .... Bentley Austin-Healey Jaguar, les cinéphiles avertis auront déjà trouvé. Et si j’ajoute Cadillac et 2CV qui « va rouler beaucoup moins bien », tout le monde aura reconnu ce “road movie” qui mène une Cadillac assez spéciale du port de Naples à celui de Bordeaux.

D’aucuns se demanderont ce que viennent faire Gérard Oury, Bourvil et Louis de Funès dans la Gazzetta, d’autant qu’aucune voiture italienne ne participe hormis une Autobianchi Eden Roc jaune. Il serait plus opportun de trouver Dino Risi, Vittorio Gassman et Jean Louis Trintignant, mais “surpassons” ce petit détail. Pourquoi ce choix, d’abord parce qu’une grande partie se déroule en Italie et que voir Naples, Rome, La Villa D’este, le château Saint Ange, Pise, la Toscane etc. depuis un cabriolet Cadillac et aux frais de la princesse, c’est tout de même une sorte de “Dolce Vita”; il y a aussi la Jaguar verte qui suit la Cadillac blanche et est suivie par l’Austin rouge, les bonnes couleurs... Et puis, en laissant de côté les péripéties archi connues de “agité du bocal” et de “placide du bocage”, je regarde toujours ce film avec délice rien que pour l’ambiance qui s’en dégage. Nostalgie... peut-être.

Dans les lieux de tournage côté français, il y a le poste de douane de Menton et la Cité de Carcassonne, effectivement parfaitement bien sur le parcours. Inutile de revenir sur le scénario, voici quelques éléments disparates ça et là, secondaires généralement, mais amusants. Le tout début du film, peu après le générique, montre la rencontre “accidentelle” juste à côté du Panthéon, entre Saroyan (De Funès) et Maréchal (Bourvil) dont la 2CV se désintègre. Scène culte s’il en est. Cette 2CV était assemblée avec 250 boulons explosifs, donc du point de vue tournage pas de possibilité de “on la refait” d’où la présence de quatre caméras différentes. Dans le film, cette scène est supposée se passer au début des vacances d’été ; en réalité elle a été prise à la fin du tournage en décembre, on y voit au loin un passant emmitouflé et le pot d’échappement de la Bentley duquel s’échappe de la vapeur d’eau de condensation. Parmi les seconds rôles mais présent dans la quasi totalité du film, Mickey dit “Le Bègue”, au volant de l’Autin Healey rouge, interprété par Venantino Venantini, acteur Italien ayant tourné de nombreux films y compris en France. Il est notamment le porteflingue d’un “tonton” célèbre. Il y a aussi dans quelques courtes scènes du début, le mécanicien Tagliella (interprété par Saro Urzi), napolitain plus vrai que vrai avec son atelier dans une arrière-cour. C’est lui qui cherchant à réparer les pare-chocs de la Cadillac découvre, grâce à un bijoutier, que ceux-ci sont en “oro”. Ce comédien italien a lui aussi une filmographie importante, comme par exemple avec le “curé de Brescello”.

Je recommande également la scène où De Funès “répare” la Cadillac qui a souffert de la course poursuite. Comment colmater un trou dans une aile avec un morceau de sparadrap puis lustrer une voiture en quelques minutes, le tout sur un air de Rossini. Peu de seconds rôles féminins, mais deux personnages qui accompagnent successivement Antoine Maréchal dans la Cadillac. Il y a d’abord la jeune Gina (interprétée par Alida Chelli), c’est l’italienne jusqu’au bout des ongles, normal pour une manucure, et un regard... La scène le fiancé jaloux, au volant de la minuscule Autobianchi, poursuit l’énorme Cadillac est cocasse. Mais la morale est sauve, Gina repart avec son Lino, et c’est la plantureuse allemande Ursula (interprétée par la belgrade Beba Loncar) qui la remplace comme passagère de la Cadillac, là ce ne sont plus les yeux qui interpellent.

À deux reprises, “Le Bègue” immobilise une voiture en mettant du sucre dans le réservoir d’essence. Croyance répandue mais totalement fausse, car le sucre n’est pas soluble dans l’essence, par contre les cristaux de sucre peuvent obstruer les gicleurs ou les injecteurs.

À un certain moment, Maréchal jette la batterie défectueuse de la Cadillac dans la mer, pas très écologique. Mais dans le film tout va bien, de la batterie brisée ne sort pas de l’acide mais des bijoux ; si en dégustant un rouget vous trouvez une émeraude... ne cherchez pas d’où vient votre poisson.

Mais revenons à nos deux compères du début. Si mes souvenirs sont exacts, c’est la seconde rencontre (en rôles principaux) entre Bourvil et De Funès, avant la “La grande vadrouille” et après “La traversée de Paris”, deux autres “pérégrinations”. En matière de voitures, comme nous l’avons vu au début, très peu le Lancia. Au début dans Naples, on distingue cependant une Fulvia berline première série de couleur blanche. Avec plus de réserves encore, car l’image est rapide et floue : une Appia troisième série ainsi qu’une autre Fulvia berline, couleur sombre pour les deux. Mais dans une autre séquence ultérieure, on y voit plus nettement une Lancia de profil. Quizz : Quel modèle, quelle couleur, et où ?


Pierre Vallade. Extrait de la Gazzetta 41 (2018)


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